NI VU NI CONNU
 

Intercommunal Dialogue 1&2

François Tusques & Sunny Murray

Intercommunal Dialogue 1

François Tusques, piano
Sunny Murray, batterie

Enregistrement Jacques Vivante
Mixage Maïkôl Seminatore
Mastering Andreas Lupo Lubisch
Production Antoine Prum

nvnc-lp014
45 tours

dans la jungle des villes 4:24
les fleurs du grand cronope 3:04
dans la jungle des villes (suite et fin) 1:15
l’acrobate 3:11
éternité 1&2 3:31
circonspection 3:13
crepuscule with nellie (monk) 4:20

Intercommunal Dialogue 2

François Tusques, piano
Sunny Murray, drums

Recording Jacques Vivante
Mix Maïkôl Seminatore
Mastering Andreas Lupo Lubisch
Production Antoine Prum

nvnc-lp015
45 rpm

sérénité 3:25
brûle brûle brûle 2:34
portrait d’ericka huggins 5:32
la grand-mère 2:09
au chat qui pêche 3:31
le 13ème doigt de bud powell 2:03
pidgin 2:33


« Comment ça va ? »

On dit que seules les montagnes ne se rencontrent pas.
C’est douteux.
Entre 1969 et 1971, Tusques et Murray sont souvent complices en musique révoltée. Après d’autres, cela avait culminé dans un album devenu mythique, Intercommunal Music, lieu d’une joute au sein de l’orchestre. L’éphémère et exigeant label Shandar avait invité François Tusques à une séance d’enregistrement à son idée. Sunny Murray, invité, y était arrivé in extremis avec un groupe de musiciens opérant une sorte de « putsch ». L’affrontement est demeuré strictement instrumental et le disque en restituait l’intégralité.
Quarante ans après, les deux activistes du blues renouaient leur dialogue instrumental. Dix ans plus tard, c’est aux efforts d’un cinéaste que nous devons de pouvoir entendre ces retrouvailles.
Comment dialoguent deux musiciens qui ne se parlent pas ? Ces deux-là, comment échangent-ils des nouvelles ? Leur conversation est enregistrée et restituée à peu près intégralement sur ces disques : vous pouvez l’écouter. François Tusques, à coups de piano percussif, sculpte les contours d’un continent qu’il est en train d’explorer : des blues en si bémol dont il s’applique parfois à quitter la gamme pour ne pas se laisser enfermer dans la musique tonale. Ce sont des évocations de Duke Ellington (Jungle des villes), Alan Shorter (L’Acrobate), Coltrane, Dolphy (Éternité), Dollar Brand (Circonspection).
Murray, magicien et sorcière, à coup de baguettes et de balais, s’applique à lancer ses vagues sur les portraits-souvenirs qui défilent dans la tête du pianiste et à les faire swinguer. Quand la soirée avance, on évoque les maîtres anciens (Monk : Crepuscule with Nelly) et les combats communs (Portrait d’Ericka Huggins). Ericka Huggins, alors membre du Black Panther Party, n’a su que très récemment qu’un morceau lui était consacré et que sa photo figurait même sur le premier album où il était enregistré (Intercommunal Music).
Une lettre finit toujours par parvenir à sa destinataire.
Pourquoi croire alors que les montagnes ne se rencontreraient pas ? Comment se parlent des musiciens ? Sans mots : en créant, en dialogue, des moments musicaux uniques. Sans en être les destinataires, nous sommes les bénéficiaires de ces créations.

David Farould


ʹHow’s it going?ʹ

Only mountains never meet, goes the saying.
I doubt it.
Between 1969 and 1971, Tusques and Murray were often accomplices in rebellious music. After other recordings, their collaboration culminated in an album that became mythical, Intercommunal Music, the site of a joust within the orchestra. The ephemeral and demanding label Shandar had invited François Tusques to lead a recording session on his own suggestion. Sunny Murray, one of his guests, arrived at the studio at the eleventh hour with a group of musicians ready to stage a ʹcoup d’étatʹ. The confrontation, which remained strictly instrumental, is extensively documented on the record.
Forty years later, the two blues activists renewed their instrumental dialogue. And still ten years later, it is thanks to the commitment of a filmmaker that we are able to hear the outcome of this reunion.
How do two musicians who do not talk to each other start a dialogue? How do these two musicians exchange news? Their conversation is recorded and more or less entirely reproduced on these records: you can listen to it. François Tusques’s percussive piano shapes the contours of a continent he is exploring, blues tunes in B-flat, occasionally departing from the scale to avoid confining himself in tonal music. There are evocations of Duke Ellington (Jungle des villes), Alan Shorter (L’Acrobate), Coltrane, Dolphy (Éternité), Dollar Brand (Circonspection).
Murray, a magician and witch armed with drumstick and broomstick, launches wave after wave over the mementos passing before the pianist’s mind’s eye and makes them swing. As the evening proceeds, they conjure the old masters (Monk: Crepuscule with Nelly) and common struggles (Portrait of Ericka Huggins). Huggins, then a member of the Black Panther Party, has only recently found out that a piece was dedicated to her and that her portrait adorned the first album on which it was recorded (Intercommunal Music).
Letters always end up reaching their addressees.
Why, then, would mountains never meet? How are musicians talking to each other? Without words: by creating, in dialogue, unique musical moments. And while we may not be the addressees, we are the beneficiaries of their creations.

David Faroult